À travers le destin d’Antoinette Cosway, personnage de Jane Eyre – dont les initiales, J. E., résonnent dans le titre –, Lilia Hassaine explore les mécanismes de l’effacement, de l’enfermement et de la reconquête de soi. En Jamaïque, en 1831, Antoinette Cosway s’éprend d’Edward Rochester, mais l’élan amoureux cède peu à peu la place à la domination et à la violence. Celle que l’histoire a reléguée au silence entreprend alors de reprendre possession de son propre récit.
Harper’s Bazaar : Quel a été le point de départ de JE ?
Lilia Hassaine : J’ai découvert Jane Eyre de Charlotte Brontë à l’adolescence. À l’époque, j’y ai lu exactement ce qu’on m’avait appris à y voir : l’histoire d’amour entre une jeune orpheline devenue gouvernante et le maître du manoir anglais où elle travaille. Mais au moment du mariage, elle découvre qu’une femme est séquestrée dans ce manoir et que cet homme est déjà marié avec celle-ci. Lui affirme que son épouse est folle, dangereuse, qu’il l’a enfermée pour son propre bien ; en somme, il se présente comme la véritable victime de l’histoire. Et puis je l’ai relu il y a deux ans, et je n’ai pas lu le même livre. Mon regard de lectrice s’était complètement déplacé.
H.B. : Dans quel sens ?
L.H. : Je me suis demandé ce qui avait changé pour que je ne voie plus que cette femme, au point qu’elle devienne une obsession. Elle occupe très peu de place dans Jane Eyre. Elle est décrite comme une créature sauvage, menaçante, avec des traits qui relèvent parfois d’une représentation profondément marquée par les préjugés raciaux de l’époque. À la relecture, de nombreux éléments m’ont mise mal à l’aise. J’ai eu envie de comprendre cette femme, de lui redonner une histoire. Qu’avait-elle vécu avant d’être réduite à cette figure monstrueuse ? Cela a fait naître une autre réflexion. Si mon regard avait changé, c’était sans doute parce que mes propres expériences avaient transformé ma manière de lire. Mais ce déplacement tenait aussi à quelque chose de plus collectif : l’époque elle-même avait changé, et avec elle les questions que nous posons aux textes.
H.B. : Vous écrivez : “Cette œuvre ne fut pas l’œuvre d’un seul homme ; il faut toute une société pour rendre possible une telle entreprise.” Cette phrase semble entrer en écho avec des réalités très actuelles. Aviez-vous cette dimension contemporaine en tête dès le début de l’écriture, ou s’est-elle imposée progressivement ?
L.H. : Lorsque j’ai écrit
JE, les affaires Bruel ou Lyhanna n’avaient pas encore éclaté, mais cette question me révoltait déjà. Pour moi, les affaires Epstein et toutes les autres n’ont jamais été des cas isolés : elles révèlent un problème systémique, profondément sociétal. On les a longtemps réduites à des histoires d’intimité, au nom de la vie privée, comme si s’y intéresser relevait de l’intrusion. Or c’est à l’échelle de la société qu’il faut penser ces violences. Elles ne peuvent exister sans une forme de complicité collective : il y a ceux qui savaient, ceux qui se sont tus, ceux qui ont préféré regarder ailleurs. Aujourd’hui, nous comprenons mieux certains mécanismes de ces violences, mais il reste beaucoup à faire.
(Florine Delcourt) (Translation)
8 'Wuthering Heights' (1847)
Some people might try telling you that Wuthering Heights is a romantic novel, but sometimes, some people are wrong. There are feelings of longing and desire here, but the passionate stuff is also destructive, and Wuthering Heights is more focused on looking at the lingering effects of trauma, alongside exploring prejudice, class, inequality, and all sorts of other things that aren’t particularly romantic.
There are some adaptations of Emily Brontë’s source material that lean into romance, or have things play out as a love story of a bittersweet nature, but in the book, there is not much love, traditional or otherwise. In its place, you do get a ton of sadness in Wuthering Heights, and it’s remarkable how much of that emotional devastation still packs a punch close to two centuries on from the novel’s publication. (Jeremy Urquhart)
As I stood, packed into a sea of commuters, a man in full tweed, thick-rimmed glasses and freshly polished brogues stepped onto the tube/bus beside me and pulled out a battered, Penguin vintage paperback. It could have been a novel such as Jane Eyre, but instead he pulled out the Holy Bible. (Iona Lowe)
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