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    3 days ago

Monday, August 31, 2026

JE

Monday, August 31, 2026 5:46 am by M. in , , ,    No comments
A new Jane Eyre derivative has just been published in French:
by Lilia Hassaine
Éditions Gallimard. Collection Blanche
ISBN 9782073099945
August 20, 2026

« — Que savez-vous de la beauté, Antoinette ?
Il se tourna vers moi, suspendu à ma réponse.
— Pas grand-chose. Mais je sais la reconnaître quand elle est là.
— Eh bien moi, chaque fois que je la vois, elle me blesse.
Quand je vois votre visage, par exemple, quelque chose en moi se trouve comme ébranlé. »

Île de la Jamaïque, 1831. Antoinette Cosway, créole de bonne famille, s’éprend d’Edward Rochester, un Anglais aussi impénétrable que fascinant. Mais à la séduction enflammée succèdent rapidement des scènes vénéneuses, où les baisers sont des blessures, où toute une société livre la jeune femme à son bourreau.
Des années plus tard, Antoinette tente de conquérir sa propre histoire.
JE se situe à mi-chemin entre roman victorien et thriller intimiste contemporain. Lilia Hassaine s’est inspirée du personnage de la première femme de Rochester dans Jane Eyre, le roman culte de Charlotte Brontë. Elle a choisi de lui donner une voix, un corps, une destinée.
Further information in:
Dans La Prisonnière des Sargasses (1966), la romancière Jean Rhys remontait aux origines de cette folie en retraçant l’enfance créole de Bertha qui, avant d’être rebaptisée par Rochester « comme on change le nom d’une bête à l’achat ou l’étiquette d’une malle », se prénommait Antoinette. C’est dans la lignée de ces deux précédents romans que Lilia Hassaine inscrit le sien, Je, imaginant cette « histoire pas encore entendue » de la rencontre entre Antoinette et Rochester, de leur mariage et de leur départ de la Jamaïque pour l’Angleterre. Une histoire que l’autrice rend à son héroïne après qu’elle lui a été méthodiquement confisquée, en la faisant s’exprimer à la première personne. (...)
Assumant un regard post-Me Too, l’écrivaine démontre, à l’instar de ses précédents romans, combien l’intime est politique et révèle la structure sous-jacente de sociétés qui, plutôt que de protéger les victimes, participent à leur enfermement. Beau et glaçant à la fois, Je est de ces livres précieux qui dessillent et invitent à regarder ce qu’on tentait d’ignorer. (Laetitia Favro)
Dans “Je”, l’écrivaine revisite le roman de Charlotte Brontë en donnant voix à l’épouse séquestrée d’Edward Rochester. À travers sa version de l’histoire se dessine une évocation subtile du gaslighting et des violences faites aux femmes. (...)
Dans Je, Lilia Hassaine — dont c’est le quatrième opus, après L’Œil du paon, Soleil amer et Panorama — se saisit aujourd’hui à son tour du personnage de Bertha, née Mason — la première épouse, réputée « démente » et enragée, d’Edward Rochester, qui la maintenait enfermée dans le grenier du manoir de Thornfield Hall —, pour en faire la narratrice de son roman. Lui redonnant son prénom de jeune fille, Antoinette — et le patronyme que lui avait choisi Jean Rhys, à savoir Cosway. Surtout, lui rendant une voix et une subjectivité : c’est elle qui dit « je », d’un bout à l’autre de cette confession — dont on ne connaîtra qu’aux ultimes pages du livre le destinataire. (Nathalie Crom)
Paris Match interviews the author:
Marie-Laure Delorme: Quel est votre rapport à “Jane Eyre”, de Charlotte Brontë ?
L.H.: Quand j’ai découvert “Jane Eyre”, à l’adolescence, j’ai lu exactement ce que je devais lire : une histoire romantique et gothique entre une gouvernante et un homme plus âgé. Jane Eyre va découvrir qu’Edward Rochester est déjà marié et que son épouse, Antoinette Cosway, est enfermée au grenier depuis dix ans. À l’époque, je trouvais ces personnages ténébreux et tumultueux. Je me disais : qui ne possède pas ses zones d’ombre ? Je n’avais pas vu la violence des situations. On est au début du XIXe siècle. Antoinette Cosway n’est pas soignée dans un asile, mais enfermée chez un homme. Il y a peu de temps, j’ai relu le roman. J’ai alors retrouvé avec Edward Rochester des événements que j’avais déjà personnellement vécus, et le destin d’Antoinette Cosway a pris toute la place. (...)
ML.D.:“JE” n’est-il pas aussi un roman sur le langage ?
L.H.: Au cœur de “JE”, une question : de quoi parle-t-on ? À chaque instant, l’homme utilise ce que la femme dit. Un geste ou une parole ont, selon le contexte, une portée tout à fait différente. J’ai voulu entrer dans un caractère et une maison pour montrer combien tout est subtil et ambigu. On pose un regard de biais et on voit autre chose. Le personnage ­d’­Edward Rochester peut apparaître attirant par certains aspects. Il y a un trouble. Mais la violence est là : Edward Rochester amène Antoinette Cosway à jouer contre elle-même. J’ai terminé “JE” en me sentant physiquement mal.
ML.D.: Le “JE” du titre, allusion aux initiales de “Jane Eyre”, a-t-il un double sens : Antoinette Cosway reprend la main sur son histoire et vous racontez aussi la vôtre à travers la fiction ?
L.H.: Je n’écris pas pour rien. Il y a un jeu entre fiction et ­autofiction. Je n’aurais pas pu écrire “JE” si je n’avais pas personnellement vécu certaines des situations que je raconte. Mes romans sont toujours liés à des raisons intimes et profondes. Je me lance dans l’écriture car j’ai quelque chose à démêler en moi. “Panorama” venait de la rupture entre la société et l’institution judiciaire, et “JE” est né du silence de la société face aux violences faites aux enfants et aux femmes. Mais si j’ai choisi la forme romanesque, c’est parce que je voulais que tout se mélange : ce qui vient du réel, ce que j’ai transposé, ce que j’ai imaginé. Je ne tiens pas à ce que l’on distingue la part fictionnelle de la part autobiographique. Il y a un trouble du côté des personnages, mais aussi du côté du genre littéraire. “JE” est une fiction vraie. Je ne sépare pas le roman de la vérité. Chacun des sentiments a été éprouvé, vécu, ressenti. Il ne s’agit pas du pastiche d’un roman victorien, mais d’une histoire contemporaine. Rochester a traversé toutes les époques.

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